
Il y’a des textes qui nous sont inspirés dans des endroits improbables, surtout que depuis un moment on procrastine pour les écrire. Alors, dans la salle d’attente de la clinique ou ma maman devait se faire opérer, mon carnet bleu me sauva, encore une fois . Dans ces moments de doute, ou l’avenir est incertain pour ceux que l’on aime plus que tout, je ne pouvais penser qu’au mot ‘Amour’. Un mot, qui pris tout son sens, quelques semaines auparavant dans l’un des meilleurs poèmes qu’il m’est été donné de découvrir : 'La forêt de l’amour en nous' du poète et critique syrien Ali Ahmed Saïd Esber alias ADONIS.
La chair de poule me prit, après seulement quelques quatrains d’une poésie arabe, traduite en français par Vénus Khoury-Ghata et Issa Makhlouf. Je ne pouvais donc pas imaginer l’émotion qu’aurait pu me procurer le texte original. Alors Bercée par ‘The Spring Waltz’ de Chopin, mes doigts se sont effrités sur ces pages blanches, pour tenter de retranscrire ce que mon cœur a éprouvé en lisant ce recueil.
Disons que la poésie a ce don enchanteur, de vous faire quitter les tourments terriens pour vous laisser voyager dans d’autres cieux, d’autres imaginaires, cultures et façons de voir le monde. Les interprétations fusent alors après chaque vers, car on ne sait jamais précisément à quelle muse, le poème est destiné ; une patrie ou une femme ? Alors on s’incorpore le texte, on s’abreuve de ces mots ruisselants et on respire la brise rafraichissante qu’il dégage, comme si ces vers nous fussent destinés.
Dans ‘La forêt de l’amour en nous’, les mots ont un pouvoir magique de résilience, le pouvoir de la vie et de l’amour. La structure du recueil est plutôt originale; composée tantôt de vers et de quatrains, tantôt de distiques et de tercets, mais surtout de beaucoup d’espace. L’auteur avance d’ailleurs que le blanc fait partie de la composition du poème, il est 'souffle', le structure et lui donne sens. On a presque envie de le chanter, de lui donner un rythme autre que celui dont il recèle déjà par l’organisation de ces vers, ce poème est en soi une mélodie de mots.
Après Baudelaire, Rimbaud, Darwish ou Abou Al Quacem Achhabbi, le recueil d’Adonis me toucha profondément. Mais qui est donc Adonis ? Cet ancien paysan, devenue poète. Dans un entretien qu’il réserva il y’a quelques années à France Culture, Adonis se dit ‘presque né poète’. Celui qui en 1927, en guise de bienvenue au nouveau président syrien lui offrit un poème de félicitation, qui fut sans conteste son sésame pour entrer à l’Ecole Française de Tartousse. Ce poème sera surtout une révélation dans sa vie, celui dont les mots résonnent en lui, qualifie la poésie de quelque chose de non ordinaire, un peu comme un ‘coup de foudre’. A l’âge de 25 ans, Adonis s’exile au Liban et fonde avec la collaboration de poètes locaux la revue ‘mawaquif’, au temps où la poésie arabe, n’était que très peu exportée en occident.
Enfin comme disait Samuel Beckett, 'bon qu’à ça, écrire des poèmes’, et ceux d’Adonis sont particulièrement beaux. Je vous laisse donc avec un petit extrait de son magnifique recueil, et vous invite vivement à grouiller le découvrir.
Mon amour est assis par terre. Tonnerre
Enchainé aux nuages. La bouche du feu divague
Et les fenêtres se divertissent
Est-il possible que la main qui frappe à la porte soit de neige ?
Mon amour est assis à présent. Je vais vers lui et lui demande :
Ce qu’il a en ce moment.
La main du tonnerre n’a pas brisé ses chaines
Et mon sang ne croit pas que la main qui frappe à la porte
Soit neige